* Critique: Théâtre : «La Meute» de Catherine-Anne Toupin: Coup de gueule, droit au cœur, coup de cœur


crit par : yanik

Verdun, lundi, le 29 janvier 2018 - Après avoir connu un succès enviable avec sa pièce «À présent», créée à La Licorne, reprise chez Duceppe suivie d’une grande tournée et encensée à Londres où elle a été présentée en anglais, Catherine-Anne Toupin, Shandy no. 2 d’«Unité 9» et créatrice et comédienne principale de la comédie à succès «Boomerang» à TVA, entre autres, nous arrive avec un véritable thriller psychologique, «La Meute», qui affiche complet depuis le début de sa première série de représentations au théâtre de la rue Papineau.

Le buzz autour de cette pièce pourrait être surfait, mais il n’en est rien. Comme le dit le directeur artistique de La Manufacture, Denis Bernard, dans le programme, «elle [Catherine-Anne Toupin] explore et maîtrise merveilleusement l’art du thriller psychologique». Il n’y a là aucun doute et aucune matière à contestation. «La Meute» est une partition théâtrale brillante, réglée au quart de tour, parfaitement ciselée, tranchante et précise. Dans les semaines menant à la première, les entrevues de l’auteure et du comédien Guillaume Cyr à la radio mettaient beaucoup l’emphase sur la violence sous toutes ses formes dans cette production. À un point tel que je craignais le pire, moi qui ne suis pas particulièrement fan de coups de gueules, de coups de poings, de violence verbale ou physique gratuite. Hors, certes, les répliques sont acérées, le fiel est amer, les personnages n’y vont pas avec le dos de la cuillère, mais tout est néanmoins bien dosé, jamais gratuit (même si les attaques d’un des personnages le sont – et il le faut pour que le message passe – mais je n’en dirai pas plus long là-dessus pour ne rien gâcher), habilement amené et brillamment mis en scène par le comédien Marc Beaupré («2 Frères», Marc Arcand dans «Série noire») qui fait de plus en plus sa marque comme metteur en scène (sans parler de son travail d’adaptation de classiques comme «Hamlet», «Dom Juan», «Caligula» et tout récemment «L’Illiade»). Absolument génial.

Cette mise en scène fine et efficace est brillamment appuyée par les éclairages fascinants de Julie Basse et Étienne Boucher et par la musique envoûtante et troublante à la fois d’Alexandre MacSween.

Sur scène, Catherine-Anne Toupin elle-même défend le rôle de Sophie, une femme qui vient de perdre son emploi – son job de rêve, en fait – dans une entreprise où elle avait clairement réussi à faire sa marque mais où, soudainement, du jour au lendemain, elle semble être devenue persona non grata et où elle se trouve sommairement congédiée pour quelque chose… qu’il ne faudrait surtout pas dévoiler ici. Ayant l’impression que sa vie comme elle la connaît est terminée, elle s’évade, s’enfuit, roule, roule, roule dans la nuit jusqu’à ce qu’elle aboutisse dans un bed & breakfast où elle sera chaleureusement accueillie par Louise (la toujours excellente et tellement sous-estimée Lise Roy) et son pauvre neveu qui l’a donc pas facile, Martin (un Guillaume Cyr tout en nuances).

Avec La Meute, Catherine-Anne Toupin consolide à la fois sa position comme dramaturge «sérieuse» (ce ne serait pas très risqué d’affirmer que c’est CERTAIN que «La Meute» sera traduite aussi et jouée aux quatre coins de la planète en différentes langues) tout autant que comme comédienne de grand talent. Heureusement pour les moins chanceux qui n’auraient pas pu se procurer des billets, la pièce reprendra l’affiche de La Licorne à la fin de la saison, au mois de juin. Mais je parierais qu’elle sera aussi reprise ailleurs… et qu’elle fera l’objet d’une tournée comme sa sœur ainée, «À présent» (‘Right Now’ sur les scènes anglophones de la planète).

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«La Meute» de Catherine-Anne Toupin
Mise en scène: Marc Beaupré
Avec Guillaume Cyr, Lise Roy et Catherine-Anne Toupin
Une production de La Manufacture
Jusqu’au 17 février 2018 – mardi au jeudi 19h, vendredi 20h, samedi 16h, supplémentaires les dimanches 28 janvier et 4 février à 15h (1h30 sans entracte)
*** Nouvelle série de supplémentaires : 7 au 16 juin 2018
Théâtre La Licorne, 4559, avenue Papineau, Montréal
Billetterie: 514-523-2246 – theatrelalicorne.com