* Critique: Musique/variétés: Jimmy Moore fête 20 ans d’incarnations de Madonna avec un spectacle impeccable


crit par : yanik

Verdun, mercredi, le 21 février 2018 - Pour fêter ses vingt ans de carrière, l’humoriste, animateur et personnificateur féminin montréalais Jimmy Moore a lancé une année de festivités en se payant une des plus belles salles de Montréal, l’amphithéâtre du Gésù, un théâtre de 425 places à la fois intime et capable d’accueillir le gros party auquel nous étions conviés samedi dernier, le 17 février. Entouré d’une douzaine de danseurs aux bagages variés mais solides, celui qui, au fil des années, a été Tina Turner, Mariah Carey, Jennifer Lopez, Céline Dion et combien d’autres, revenait à ses premières amours et à son «personnage» le plus connu, la "Material Girl" elle-même, Madonna.

Par Yanik Comeau (ComunikMédia/ZoneCulture)

Jimmy Moore en pleine action.
Malgré la notoriété du personnage et de son interprète, le pari était risqué. Qui aurait cru que Jimmy Moore remplirait une salle de fans gonflés à bloc qui lui donneraient autant d’énergie qu’il en livre lui-même avec sa troupe ? C’est sous-estimé l’homme sous le bustier !

Bien qu’il le raconte lui-même à la fin du spectacle, quand il a commencé à interpréter la Madone en 1998, on lui disait que le public se lasserait rapidement et qu’il faudrait qu’il se renouvelle sans cesse avec de nouveaux personnages. Et bien qu’il l’ait fait résolument tout au long de sa carrière, Jimmy Moore n’a jamais pour autant eu à renoncer à interpréter Madonna car cette dernière lui a donné du matériel, année après année, pour qu’il puisse se renouveler aussi en elle.

J’ai bien sûr eu la chance de voir quelques performances de personnificateurs féminins au fil des années, généralement des spectacles qui consistaient en plusieurs numéros décousus offerts par plusieurs artistes se déguisant un après l’autre en une multitude de personnalités connues, de Nana Mouskouri à Ginette Reno, de Barbara à Céline Dion en passant par toutes les petites pop stars de l’heure. En général, les artistes présentent leurs "lip synchs" sur les versions studio – les plus connues – des chansons de leurs chanteuses de prédilection. J’avoue que j’étais bien sceptique à l’idée de voir un spectacle complet avec une seule «star».

En moins de trois chansons, Jimmy Moore m’avait convaincu. Une des grandes forces de sa performance ? Il pige dans les captations de spectacles "live", les méga tournées d’arénas et de stades de l’icône de la pop. La majorité des chansons les plus populaires y passent, de "Live to Tell" à "Music", de "La Isla Bonita" dans une version enlevée au "mashup" "Future Lovers"/"I Feel Love" (le "hit" de la regrettée Donna Summer, coécrit avec Giorgio Moroder et Pete Bellotte dans les années 70s) en plus d’un impressionnant "medley" qui nous permet d’entendre des extraits d’une innombrable série de succès.

Avec des chorégraphies recréées, pas calquées, qui rappellent néanmoins les originales pour ne pas que l’on soit perdus non plus, Jimmy Moore et ses danseurs (4 gars et 8 filles, si j’ai bien compté !) s’en donnent à cœur joie, s’investissent à 200% avec une générosité et un abandon qui ne peuvent faire autrement qu’attirer le respect. Bien qu’il y ait eu quelques glissements, particulièrement de Jimmy lui-même qui, par moments, semblait avoir quelques raideurs dans son corps (soignait-il des blessures mal guéries le soir que nous étions là ? C’est possible), jamais a-t-on eu l’impression que la passion, l’énergie, la volonté et la concentration n’étaient pas au rendez-vous. Les chorégraphies sont à la fois variées (hip hop et danse contemporaine mêlés à des pas plus classiques d’une grâce et une exécution impressionnantes par deux des danseurs en particulier) et d’une précision réglée au quart de tour. Au niveau synchronisation – tant pour les pas que pour les lèvres – il est clair que tout le monde connaît sa partition dans les moindres détails. Chapeau !

Dans un tel spectacle, il est aussi dangereux de passer pour une pâle copie. Jimmy Moore ne possède évidemment pas les moyens financiers d’une grosse machine comme celle de Madonna. Pourtant, jamais – mais au grand jamais – a-t-on l’impression que l’on fait dans le "cheap". On a lésiné sur rien, mais surtout, on a fait preuve d’une grande imagination. Les interprètes changent tous de costume à plusieurs reprises au cours de la soirée, en offrant plein la vue au public qui en redemande, et Jimmy a bien raison de remercier les couturières à la fin de la soirée parce qu’elles contribuent elles aussi à faire de ce spectacle un moment mémorable.

J’aurais aimé pouvoir vous faire la liste de ces excellents danseurs pleins d’énergie, de talent et de charisme. J’aurais aimé vous dire qui a signé les éclairages de ce spectacle parce qu’encore une fois, sans moyens Madonna-esques, on a réussi à faire des miracles. Je me contenterai de vous dire que tout le monde mérite un beau coup de chapeau et que tous les doutes que j’aurais pu avoir avant d’assister à ce spectacle se sont rapidement dissipés. Jimmy Moore est peut-être une «fausse Madonna», mais il n’est pas un imposteur.

Intéressant aussi de lire qu’il ne se limite pas à la personnification féminine, mais que son spectacle Michael Jackson semble aussi très intéressant. Dans le passé, il a aussi fait Elvis ! On est loin des femmes les plus sexy et féminines de la stratosphère musicale ! Souhaitons à Jimmy encore quelques années de carrière, malgré son âge «avancé»! Après tout, il a 38 ans, le pauvre! (**NDLR : Il fallait être dans la salle pour comprendre cette blague !)

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MADONNA personnifiée par JIMMY MOORE
Extraits de nombreux spectacles de Madonna (The Confessions Tour, The Sticky & Sweet Tour, The MDNA Tour)
Samedi, le 17 février 2018, 20h (durée: 2h30 incluant un entracte)
Amphithéâtre du Gésù
1200, de Bleury, Montréal
Samedi, le 7 avril 2018, 20h – Buddies in Bad Times Theatre, Toronto
Samedi, le 21 avril 2018, 20h – Restaurant Le Bûcher, Charlesbourg
Plus d’informations : www.jimmymoore.ca