* Critique: Théâtre: «La Déesse des mouches à feu» de Geneviève Pettersen: Dédoublements infinis


crit par : yanik

Verdun, le 18 mars 2018 - Après le succès de son adaptation du film de Denys Arcand «Le Déclin de l’Empire américain», pas étonnant que le Théâtre PàP renoue avec l’adaptation. Cette fois, cependant, on plonge dans une œuvre bien différente du classique du 7e art, un livre de Geneviève Pettersen qui a connu sa part de succès critique et populaire, «La Déesse des mouches à feu», qui se rapproche davantage des anciennes amours du PàP. En effet, je suis sorti du Théâtre de Quat’Sous, là où le PàP entreprend une toute nouvelle résidence, avec l’impression d’avoir assisté au «Où est-ce qu’elle est ma gang?» du 21e siècle. Une pièce à la fois rafraîchissante et coup de poing, délicieuse et amère, rassembleuse et «de son temps».

par Yanik Comeau (ComunikMédia/ZoneCulture)

Pour la brillante adaptation théâtrale de son roman, Geneviève Pettersen a choisi de dédoubler son personnage principal, Catherine, adolescente de 14 ans, prêtant les bouleversements de cette vie tumultueuse à 11 «personnages» joués par 11 véritables adolescentes aux expériences professionnelles limitées (certaines sont membres stagiaires de l’UDA, la majorité a fait des cours de théâtre privés ou fréquenté une école secondaire à vocation artistique comme l’École Robert-Gravel) mais au talent indéniable. Dirigées de façon remarquable par Alix Dufresne et le codirecteur du PàP Patrice Dubois et après des ateliers de création autour de l’adaptation du texte, ces onze jeunes femmes de 14 à 17 ans (approximativement, selon mes recherches personnelles), aux bagages culturels variés et aux looks qui représentent autant de «types de filles», ont développé une complicité étonnante et semblent tellement à l’aise que, clairement, on n’assiste pas à une représentation scolaire de fin d’année ! Un tour de force que d’avoir réussi un tel exploit.

Grâce également à cette idée de dédoubler le personnage, les filles jouent tour à tour le rôle principal du roman (qui devient plusieurs filles différentes) et tous les personnages secondaires (les mères, les chums, les amies, les rivales, les «bitchs» qui mènent le bal à l’école, etc…). Comme à l’époque des premières créations du Théâtre Petit à Petit fondé par Claude Poissant, René-Richard Cyr et compagnie. Un bon vieux retour aux sources qui ne fait pas vieillot ou nostalgique pour autant.

Dans une scénographie qui suggère plus qu’elle ne donne tout cuit dans le bec, le texte est bien servi. Tout dans cette production est mis en œuvre pour que le spectateur, qu’il ait 14 ou 74 ans, qu’il soit masculin, féminin ou "anything in between" se reconnaisse, se sente concerné, touché, interpelé. Étant donné le succès du roman, qui a aussi remporté le Grand Prix littéraire Archambault 2015, il ne fallait surtout pas que l’adaptation rate la cible. Aucune inquiétude ici. C’est un sans-faute.

Ce sans-faute, le PàP le doit aussi en partie au comédien et metteur en scène Xavier Huard qui, plus tôt cette saison, était de la distribution de «Là où le sang se mèle» des Productions Menuentakuan qu’il codirige, lui qui a travaillé comme coach de diction auprès des jeunes filles, leur donnant toute une couleur particulière au niveau du phrasé typiquement ado sans tombé dans le trop cliché. Ici, on n’est clairement pas dans le ‘français international’ mais dans un parler québécois coloré et spécifique à chacun des personnages. Ouvrez l’oreille. C’est fascinant.

Bref, tout de cette excellente adaptation de «La Déesse des mouches à feu» atteint la cible. Pas étonnant que les billets aient rapidement trouvé preneurs et qu’il n’en reste presque plus, malgré le fait que l’on ne puisse même pas dire :«On a toutes vues ces filles-là à la télé avant». Euh… non. Au-delà de quelques figurations et quelques courts-métrages, pour le moment, elles sont toutes inconnues… mais méritent toutes d’être vues. Souhaitons seulement qu’on leur permettra de continuer à déployer leurs talents… et qu’elles seront toutes disponibles en même temps pour des supplémentaires de ce spectacle qui doit être goûté par le plus grand nombre.

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«La Déesse des mouches à feu»
Texte et adaptation: Geneviève Pettersen d’après son roman
Mise en scène: Alix Dufresne et Patrice Dubois
Avec Amaryllis Tremblay, Elizabeth Mageren, Charlie Cliche, Jade Tessier, Éléonore Loiselle, Zeneb Blanchet, Evelyne Laferrière, Kiamika Mouscardy-Plamondon, Éléonore Nault, Lori’Anne Bemba et Alexie Legendre
Une production du Théâtre PàP dans le cadre de sa résidence au Théâtre de Quat’Sous
Jusqu’au 31 mars 2018 (1h25 sans entracte)
Théâtre de Quat’Sous, 100, avenue des Pins Est, Montréal
Billeterie: 514-845-7277