* Critique: Théâtre: «Chienne(s)» de Marie-Ève Milot et Marie-Claude St-Laurent: Dépression, quand tu la tiens…


crit par : yanik

Verdun, mardi, le 20 mars 2018 - À première vue, on pourrait croire qu’avec un titre comme «Chienne(s)», la nouvelle création des artistes en résidence de la salle Jean-Claude-Germain du Centre du Théâtre d’aujourd’hui, Marie-Ève Milot et Marie-Claude St-Laurent, traiterait de violence verbale, d’intimidation ou de… "bitches"! Mais non. Ici, on utilise «chienne» dans le sens de «peur»… Avoir la chienne, avoir des craintes, vivre de l’angoisse,… «Chienne(s)» est une pièce sur ce que tant de gens appellent déjà «le mal du siècle», même si le siècle est encore bien jeune : la dépression et l’anxiété.

par Yanik Comeau (ZoneCulture/ComunikMédia)

La recherche des auteures, tant pour trouver la matière première que pour en faire un objet théâtral pertinent, aura pris quatre ans et n’aura pas été vaine. D’abord parce que, clairement, c’est un sujet riche dont il faut parler, mais aussi parce qu’elles ont su créer une pièce qui transcende la recherche et rejoint le cœur, l’âme, les tripes du spectateur.

La Trentenaire qu’incarne l’une des coauteures (Marie-Claude St-Laurent, possédant pleinement ce magnifique personnage complexe qu’elle a créé avec sa partenaire d’écriture) est un amalgame des victimes de cette maladie mentale avec laquelle on a tant de difficulté à composer. Pas seulement lorsqu’on en est atteint, mais encore lorsqu’on est en présence de quelqu’un qui l’est. Sans jamais tomber dans les clichés ou dans le didactisme (des dangers qui guettent lorsqu’on écrit une pièce «thématique»), les auteures brossent un tableau réaliste – mais jamais noir et plutôt habilement humoristique malgré le sérieux et la lourdeur du sujet – de l’inconfort, l’impuissance, la frustration et l’inertie que provoque chez les autres (famille, amis, employeurs, propriétaire !) et chez la personne angoissée et/ou anxieuse elle-même cette «bibitte» si difficile à saisir.
En opposant la maladie mentale à la maladie physique (ce damné cancer qui fait lui aussi ses ravages et qui n’a rien de drôle), les auteures parviennent adroitement à démontrer une autre problématique à laquelle est confronté le «malade mental». Quand on est malade physiquement, les symptômes sont plus visibles, plus concrets, plus traitables. On opère, on ouvre, on retire le «méchant». Mais avec la maladie mentale…

Dans une mise en scène d’une simplicité désarmante mais incroyablement efficace, l’autre coauteure, Marie-Ève Milot, donne toutes les chances à ce texte de briller, dirigeant du même coup une distribution sublime. Alexandre Bergeron (hilarant en jeune propriétaire épris de sa locataire mais terriblement maladroit dans son approche – le cancer du rectum a rarement été le meilleur des sujets pour séduire l’être convoité !), Louise Cardinal (toujours excellente, ici dans le rôle de la mère colorée, professionnelle, pour qui la médecine, la science, la médication sont la réponse rapide, passe-partout), Larissa Corriveau (captivante dans le rôle de la meilleure amie, la complice depuis l’enfance qui voudrait à tout prix aider sa "bff" à s’en sortir), Richard Fréchette (impeccable tant dans le rôle du père aimant que dans les rôles du prof de cégep et du patron qui ne sait rien de rien de ce qui se passe) et Nathalie Doummar (excellente dans ses deux rôles dont je m’en voudrais de trop vous parler de peur de gâcher votre plaisir).

Encore une fois, avec «Chienne(s)», la salle Jean-Claude-Germain propose un spectacle incontournable qui, clairement, trouve son public puisque, au moment d’écrire ces lignes, on a déjà ajouté sept supplémentaires. Ne vous étonnez pas si cette pièce est reprise la saison prochaine. Pariez plutôt qu’elle deviendra ce que «Le Brasier» a été pour le Centre du Théâtre d’aujourd’hui la saison dernière.

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«Chienne(s)»
Texte: Marie-Ève Milot et Marie-Claude St-Laurent
Mise en scène: Marie-Ève Milot
Avec Alexandre Bergeron, Louise Cardinal, Larissa Corriveau, Nathalie Doummar, Richard Fréchette et Marie-Claude St-Laurent
Une création du Théâtre de l’Affamée dans le cadre d’une résidence des auteures/artistes à la salle Jean-Claude-Germain du Centre du Théâtre d’aujourd’hui
Jusqu’au 31 mars 2018 + 6 supplémentaires jusqu’au 7 avril (1h45 sans entracte)
Théâtre d’aujourd’hui – salle Jean-Claude-Germain, 3900, rue Saint-Denis, Montréal
Renseignements : 514-282-3900 – theatredaujourdhui.qc.ca