* Critique: Théâtre: «Impromptu» de Sarah Kernochan: Dans le jardin de George Sand


crit par : yanik

Verdun, jeudi, le 5 avril 2018 - Après deux classiques contemporains assez noirs et sa traditionnelle revue de l’année des plus amusantes, le Théâtre du Rideau Vert poursuit sa saison avec une comédie dramatique des plus divertissantes. Avec l’adaptation théâtrale du film de Sarah Kernochan de 1991, «Impromptu», la comédienne, pédagogue et metteure en scène de Québec, Marie-Josée Bastien, que l’on a eu la chance de voir sur scène à Montréal plus tôt cette saison dans «Doggy dans Gravel», propose une délicieuse incursion dans les salons culturels du Paris du XIXe siècle.

par Yanik Comeau (ComunikMédia/ZoneCulture)

Rappelant certaines scènes du film de Woody Allen «Midnight in Paris» qui se situaient, elles, plutôt dans les années 1920 avec les Gertrude Stein, F. Scott Fitzgerald et Ernest Hemingway, l’histoire que nous proposent Kernochan et Bastien lève le voile sur les péripéties amoureuses de George Sand (merveilleusement bien jouée par Myriam Leblanc, un casting inspiré), la romancière androgyne croqueuse d’hommes qui avait adopté un pseudonyme masculin pour favoriser sa crédibilité dans le monde littéraire de son époque.

Lors d’un mois où seront rassemblés des artistes de différentes disciplines chez la Duchesse D’Antan (la truculente et attachante Sonia Vachon dont le personnage est tout à fait caricatural mais on s’en voudrait de bouder notre plaisir), une aristocrate qui aime s’entourer d’artistes, George Sand rencontrera le compositeur Frédéric Chopin (Maxim Gaudette, toujours excellent) qui la craindra au début (lui qui a la santé fragile!) mais dont elle s’éprendra plus qu’elle ne s’y attendait, elle qui aime multiplier les conquêtes sans trop s’attacher. Le fait qu’elle soit en couple – chancelant, c’est vrai, mais quand même! – avec Félicien Mallefille (très amusant Pierre-François Legendre) et que son amant transi, le poète et dramaturge Alfred de Musset (comment ne pas sourire devant un Luc Bourgeois au sommet de sa forme, heureux descendant dans le comique de Carl Béchard et Benoit Brière? Encore une fois, ne boudons pas notre plaisir!), soient aussi du voyage n’empêchera certainement pas l’écrivaine d’aller au bout de son projet de séduction.

Complétant cette impressionnante distribution, David Savard dans le rôle du pianiste et compositeur Franz Listz, Émilie Bibeau dans le rôle de sa femme Marie D’Agoult et Mathieu Lorain Dignard, seul maillon faible à mon sens, dans le rôle du peintre Eugène Delacroix. Le jeune comédien, certes charismatique et sympathique, se rachète un peu dans ses scènes avec Sonia Vachon, mais curieusement, ne semble pas jouer la même partition que ses collègues dans la majorité de ses scènes. Peut-être qu’il s’agissait de vis qui nécessitaient des resserrements quelques jours après la première, mais ce bémol n’est certainement pas suffisant pour nuire à cette agréable production dirigée dans un bonheur évident par le comédien Stéphan Allard (si vous regardez la télé, vous avez sans doute apprécié son Jean-Gilbert dans «Au secours de Béatrice» pendant plus de quatre saisons à TVA) qui signe une première mise en scène au Rideau Vert mais qui n’en est pas à ses premières armes.

Le décor de Jean Bard est magnifique et fait bon usage de la scène assez petite – on a tendance à l’oublier – de l’ancien Stella, conçu pour les variétés davantage que pour le théâtre, un fait que les concepteurs réussissent à faire oublier depuis presque soixante ans. Les costumes de Sébastien Dionne sont tout aussi réussis et la musique de Philippe Roberge, très ancrée dans l’époque dépeinte, est ravissante.

Bref, encore une fois, le Rideau Vert touche la cible et répond à son mandat d’offrir un théâtre divertissant, intelligent, vivifiant, à l’image de sa directrice artistique.

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«Impromptu»
Texte: Marie-Josée Bastien à partir du scénario de film de Sarah Kernochan
Mise en scène: Stéphan Allard
Avec Myriam LeBlanc, Maxim Gaudette, Émilie Bibeau, Luc Bourgeois, Pierre François Legendre, Mathieu Lorain Dignard, David Savard et Sonia Vachon
Une production du Théâtre du Rideau Vert
Jusqu’au 21 avril 2018 (1h30 sans entracte)
Mardi, mercredi: 19h30; jeudi, vendredi: 20h; samedi: 16h
matinée en semaine : Mardi, le 10 avril à 12h30.
Théâtre du Rideau Vert, 4664, rue Saint-Denis, Montréal
Réservations : 514-844-1793