* Critique: Théâtre : «La Dette de Dieu» de Jean-François Boisvenue: Crédit 101


crit par : yanik

Verdun, samedi, le 14 avril 2018 - Pendant qu’il faisait sa maîtrise en Études allemandes, l’artiste multidisciplinaire Jean-François Boisvenue, diplômé de l’École Supérieure de Théâtre de l’UQAM, a été exposé à une œuvre pour le moins intéressante et mystérieuse, une ‘fable originelle’, nous dit-on dans le feuillet sur «La Dette de Dieu», dans laquelle le Créateur, en concevant l’univers, aurait manqué d’argent et aurait été forcé d’emprunter au Diable pour terminer son œuvre. De cette histoire – et clairement de sa fascination pour l’économie, le crédit, le fonctionnement de l’argent dans le monde –, l’artiste – et vulgarisateur économique! – a tiré un spectacle qui allie danse, théâtre et poésie et qui, étonnamment, arrive à donner un objet scénique qui se tient et qui – ma foi! – plaît bien.

Par Yanik Comeau (ComunikMédia/ZoneCulture)

Divisé en tableaux – parfois dansés, parfois théâtraux, parfois ‘récital de poésie’, parfois ‘show rock’, parfois ‘conférence sur la structure économique de l’Occident’ ! -, «La Dette de Dieu» étonne par son aspect vulgarisation d’un thème on-ne-peut-plus aride. Jean-François Boisvenue, solidement entouré par des conseillers qui semblent avoir voulu travailler dans une cohésion vers la limpidité, la lumière, la poésie certes, mais pas hermétique, propose ainsi un spectacle à la fois réjouissant et rafraîchissant.

Pour donner – après une intro au spectacle qui fait référence à Dieu du haut de sa chaise de "lifeguard", revenant sur les premiers jours de création de Son Univers – une conférence sur l’argent, son fonctionnement, le crédit, le Produit Intérieur Brut, l’endettement personnel et collectif des sociétés, sans craindre d’endormir son public, il faut avoir des couilles. Jean-François Boisvenue relève ce défi avant de nous proposer un enregistrement sonore – un entretien avec lui-même – où il parle de sa position dans le monde comme millénial. Né en 1982, il est de ceux qui allait avoir 18 ans – devenir majeur – en 2000, au tournant du siècle. Il allait être celui par qui la magie opérerait. Tout se mettrait à bien aller avec l’arrivée du nouveau siècle. Un gros clin d’œil assumé.

Livrer un discours du Premier Ministre Philippe Couillard devant l’Assemblée Nationale en 2014 avec une guitare électrique en main, faut le faire aussi !
Farcir une dinde d’un article de journal transformé ni plus ni moins en papier mâché après avoir bien huilé et poivré la volaille, disons que la symbolique est criante. Sans parler de cette même dinde qui se fera gonfler comme la bulle spéculative et qui explosera sous nos yeux.
Là où tant d’artistes multidisciplinaires échouent en multipliant les artifices, Boisvenue et son équipe de création trouvent les images, les sons, les idées qui permettent au message de passer sans pour autant négliger l’importance de la forme. «La Dette de Dieu» alimente la discussion sans pour autant tomber dans la morosité à l’excès, dans le discours apocalyptique sans issue possible.

Une belle recherche qui donne un spectacle désaltérant… encore plus que le troublant mais percutant tableau /monologue sur la crise mondiale de l’eau.

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«La Dette de Dieu»
Idéateur, auteur et interprète: Jean-François Boisvenue
Collaboratrice à l’écriture et à la scénographie: Claire Renaud
Assistante à la mise en scène et éclairages: Juliette Dumaine
Conseiller à la mise en scène et concepteur sonore: Gaétan Paré
Conseillère chorégraphique: Catherine Laframboise Desjardins
Concepteurs vidéo et DEL: Jean-François Boisvenue et Claire Renaud
Consultante à la recherche: Julia Posca
Programmatrice DEL: Catherine Fournier-Poirier
Assistante technique - éclairage et son: Delphine Rochefort-Boulanger
Une production La Nuit / Le Bruit
9 au 13 avril 2018 (70 minutes sans entracte)
La Chapelle, Scènes Contemporaines, 3700, rue Saint-Dominique, Montréal
Réservations : 514-843-7738 – www.lachapelle.org
Page Facebook : https://www.facebook.com/la.chapelle.mtl/