* Critique: Musique: Voces Boreales revient sur terre et s’envoie en l’air !


crit par : yanik

Candiac, jeudi, le 7 juin 2018 - Après le triomphe de son deuxième spectacle sur le thème des éléments à la fin mai 2017, «Éléments: Feu», l’ensemble Voces Boreales poursuivait l’exercice un an plus tard presque jour pour jour, toujours à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours du Vieux-Montréal, proposant cette fois «Éléments: Terre et Air», un programme double incluant des œuvres chorales contemporaines toujours choisies par le charismatique et sympathique Andrew Gray, directeur musical des Petits Chanteurs du Mont-Royal et de Voces Boreales.

Dans le programme, après avoir fait ses recherches sur les éléments, Gray explique que la terre et l’air sont souvent étroitement liés dans l’art, tant dans la littérature que dans la musique. Toujours poussé par son souci de faire découvrir de nouvelles œuvres tout en ne négligeant pas les pièces que veulent entendre le public, Gray offre ici un savoureux programme de onze pièces en neuf langues différentes, du plus connu (le célèbre compositeur tchèque Antonín Dvořák) au plus jeune compositeur (Lukas Florczak dont on présentait une œuvre en première mondiale) en passant par la compositrice canadienne Stephanie Martin qui ferme le spectacle avec son magnifique et rafraîchissant «Dum complerentur dies Pentecostes» dont c’était aussi la première mondiale.

En guise de prologue, Gray propose "There is Sweet Music" tirée de "Four Part-Songs opus 53" de Sir Edward Elgar, un texte de Lord Alfred Tennyson tout à fait à propos qui touche la terre, l’air et l’eau, d’une grande beauté. Les interprètes, les vingt chanteurs du chœur, donnent le ton, indiquant clairement qu’ils sont au sommet de leur art, au diapason et gonflés à bloc. Un véritable délice !

On entre ensuite de plein fouet dans le thème de la terre avec «Zeregleent Gobi» (Mirage dans le Désert de Gobi) du Mongolien Se Enkhbayar sur un texte de son compatriote Nasun Urt. Pour cette pièce, Andrew Gray cède le podium à son nouvel assistant-chef, Pascal Germain-Berardi, un jeune ténor et musicien qui, à mon humble avis, assume bien la chaire malgré une petite hésitation que j’ai perçue à un certain moment de la part de quelques-unes des altos. Qu’à cela ne tienne, la pièce est magnifique et le plongeon du jeune chef dans le creux s’avère une expérience réussie.

Gray reprend le podium pour le «Tuule, tuuli, leppeämmin» du finlandais Jean Sibelius tiré de "9 Songs for Chorus, opus 23". Encore une fois, les interprètes ravissent sous la baguette (imaginaire !) du chef. Une pièce d’une grande beauté qui traite de la magnificence de la nature, mettant en vedette un enfant pauvre cueillant de petits fruits qui seront peut-être son seul repas de la journée.
Vient ensuite une pièce du Letton Edvin Østergaard, "Enough of the Mountain", sur un extrait de texte du poète de la Renaissance italienne Francesco Petrarca. Encore une fois, on ne peut que s’incliner devant les choix sublimes d’Andrew Gray. Quel plaisir de découvrir une telle pièce, offerte par des interprètes de calibre, dirigés avec brio.

La première partie se termine sur la pièce la plus imposante du programme, cinq mouvements du «V Přírodě» de Dvořák sur des textes du poète, écrivain, journaliste et auteur de théâtre tchèque Vítězslav Hálek. La maîtrise et l’homogénéité dont font preuve les interprètes est encore une fois étonnante. Bien que Dvořák soit le plus connu des compositeurs du programme, il n’est certainement pas le plus facile à chanter. Encore ici, malgré le temps limité de répétition dont ils ont disposé, les chanteurs impressionnent.

La deuxième partie démarre en beauté avec "Leonardo Dreams of His Flying Machine" de l’Américain Eric Whitacre. J’ai été séduit par cette musique qui charme l’oreille et par les paroles de Charles Anthony Silvestri dont la plus célèbre collaboration avec Whitacre est "Sleep". Que j’aimerais entendre l’ensemble reprendre cette pièce dans un futur concert! Une chose est certaine, la "Flying Machine" de Leonardo a rapidement donné le ton pour le changement de thème, le passage à l’air.

Tout au long de cette deuxième partie, on sera sous le charme et la magie ne cessera d’opérer. Avec "The Cloud" du compositeur letton Ēriks Ešenvalds et de jolies paroles de Sara Teasdale, on plane, c’est bien le cas de le dire. Les extraits du «Himmelwärts» de l’Allemand Wendelin Bitzan, que l’on qualifie très justement de cantate aérienne dans le programme, ne sont pas moins planants. Retournant dans le ciel avec les nuages, on est emporté par le touchant et saisissant poème du romantique britannique William Wordsworth, "I Wandered Lonely as a Cloud", habillé par la magnifique musique de Lukas Florczak. Comment ne pas fondre de bonheur? Puis, c’est un retour dans l’univers de Sibelius que nous propose Gray avec un extrait de «Nejden andas opus 30» sur un poème de Zacharias Topelius. Cette fois, on est sur le bord de l’eau, humant l’air porté par les vagues. Magnifique.

La soirée se termine sur la création d’une pièce de la Canadienne Stephanie Martin, une œuvre en Latin tiré de Actes 2, 1-4 pour la Pentecôte. Quel dessert succulent après un repas copieux de musique inoubliable.

Andrew Gray et Voces Boreales confirment ainsi leur savoir-faire de brillante façon, offrant aux musiciens érudits autant qu’aux mélomanes amateurs des spectacles accessibles et de grande qualité.

Prochain rendez-vous ? Toujours à la Chapelle Notre-Dame de Bonsecours, le 20 novembre prochain à 19h30, on conclura la série sur les éléments avec un spectacle intitulé «Quintessence» proposant des œuvres de Parry, Kõrvits, Salamon, Grieg, Enns, Macdonald et Whitacre. Sera-ce le fameux "Sleep"? Faudra voir. Mais auparavant, on ne voudra pas manquer "Path of Miracles" de Joby Talbot à l’Église de l’Assomption à Joliette.

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«Éléments: Terre et Air» (Elements: Earth & Air)
Des œuvres chorales contemporaines de Elgar, Enkhbayar, Dvořák, Østergaard, Ešenvalds, Bitzan, Sibelius, Martin…
Voces Boreales
présenté par l’Institut choral de Montréal
Andrew Gray, directeur artistique et chef de chœur
Mardi, le 29 mai 2018, 19h30, Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, Montréal
vocesboreales.org