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* Critique: Théâtre: «L’Homme éléphant» de Bernard Pomerance: Benoît McGinnis surpasse toutes les attentes
[ Opinions et comptes rendus | Écrit par : yanik @ 08:14pm le 31st of December ]
Candiac, lundi, le 5 février 2018 - Depuis qu’il est sorti de l’École Nationale de Théâtre en 2001, Benoît McGinnis ne cesse de laisser sa marque, tout particulièrement sur les scènes de théâtre. Je garde un souvenir impérissable de son rôle-titre dans «Avec Norm» de Serge Boucher au Théâtre d’aujourd’hui à la fin de la saison 2004. Depuis ce temps, on a l’impression que les metteurs en scène se bousculent aux portes pour travailler avec lui et que les directeurs de théâtre lui demandent : «C’est quoi, ton (prochain) rêve ?» Lui dans «Being at Home with Claude», Hamlet, Caligula, Vallier dans «Les Feluettes», Claude dans «Le vrai monde?», Mozart dans «Amadeus», Béranger dans «Le Roi se meurt»… et là, maintenant, au Théâtre du Rideau Vert, le rôle le plus physique de sa carrière, John Merrick dans «L’Homme éléphant» de Bernard Pomerance.

Il ne faut pas s’étonner que le metteur en scène Jean Leclerc, qui dit avoir été ému quand il a vu la pièce sur Broadway en 1979 (à l’époque où il travaillait lui-même dans The Big Apple notamment dans le rôle-titre de Dracula sur The Great White Way et à la télévision dans le rôle de Jeremy Hunter dans le soap du réseau ABC "All My Children"), ait choisi McGinnis pour s’attaquer à un des rôles les plus exigeants du répertoire contemporain. Peut-être que ça aide que McGinnis soit membre du conseil d’administration du Théâtre du Rideau Vert, après tout, quand on a un diamant sous le nez, mais là… la poule ou l’œuf ? Peu importe. Le comédien surpasse toutes les attentes et laisse pantois.

«L’Homme éléphant», c’est l’histoire de Joseph Merrick, un garçon né avec une maladie génétique appelée le Syndrome de Protée, une condition qui a commencé à se manifester à l’âge de 21 mois par une excroissance qui lui a déformé la mâchoire et le bas du visage. Plus il vieillissait, plus les déformations et les malformations des tissus se développaient, lui conférant éventuellement une tête éléphantesque – trop lourde pour qu’il puisse dormir étendu, – un bras et des jambes difformes et démesurés, tristement grotesques pour le commun des mortels. Abandonné par ses parents qui ne savent quoi en faire, Merrick est exploité comme bête de foire pendant des années avant d’être en quelque sorte secouru par le Dr. Frederick Treves qui le soignera, l’étudiera et le protégera du mieux qu’il le pourra en le gardant à l’Hôpital de Londres (aujourd’hui appelé le Royal London Hospital) jusqu’à sa mort à l’âge de 27 ans.

Voilà pour la triste histoire du vrai Joseph Merrick qui aura intéressé plusieurs artistes au fil des décennies, devenant l’objet de plusieurs œuvres de fiction, notamment le film de David Lynch mettant en vedette John Hurt et Anthony Hopkins en 1980.

Dans la production du Théâtre du Rideau Vert, comme pour la plus récente de Broadway mettant en vedette Bradley Cooper ("American Sniper", "Silver Linings Playbook", "American Hustle"), Jean Leclerc a choisi de ne pas recouvrir son acteur de prothèses pour «ajouter au réalisme», préférant plutôt faire confiance à l’intelligence du public et au talent de l’interprète. Benoît McGinnis, après être apparu derrière un rideau de tulle pendant la conférence du Dr. Treves (un David Boutin solide, en pleine possession de ses moyens, dans un rôle tout à fait différent de ceux qu’il a défendus avec brio au Prospero à l’automne dans «Les Enivrés»), se tenant les bras en croix, rappelant à la fois Jésus offert en pâture sur la croix et l’Homme de Vitruve, ce schéma des proportions du corps humain dessiné par da Vinci, lentement, se transforme, se métamorphose, se déforme, devient John Merrick sous nos yeux. Choix de mise en scène fort et efficace.

Bien que le texte de Pomerance soit bien écrit et soit parsemé de nombreux moments forts, il comporte néanmoins des faiblesses que, malheureusement, Jean Leclerc, comme metteur en scène, n’est pas parvenu à estomper. Les nombreuses ellipses, quoi que nécessaires, alourdissent le dénouement, le fil dramatique. Il aurait été plus heureux que chacune d’elle ne soit pas appuyée par un noir et quelques notes de piano. Aucun doute que Leclerc dirige bien ses comédiens dans son excellente traduction de l’œuvre, mais ces interruptions constantes de l’action finissent par agacer et c’est d’autant plus ironique dans un théâtre dirigé par une dame qui est reconnue pour le rythme de ses spectacles.

La distribution est absolument sans faille. Entourant un McGinnis époustouflant, en plus de David Boutin, on trouve Roger La Rue (qu’on a vu plus tôt cette saison chez Duceppe dans «Les Secrets de la Petite-Italie»), Hubert Proulx et Germain Houde (particulièrement impressionnant dans ses métamorphoses: il offre deux belles compositions avec son directeur de cirque véreux et un homme d’église intense) du côté des hommes, et Annick Bergeron, Chantal Dumoulin (peut-être la connaissez-vous si vous êtes fans de webséries – c’est elle la fille dans «Le Couple qui fait des sketchs») et Sylvie Drapeau du côté féminin qui, toutes les trois, incarnent plus qu’un personnage et excellent. Sylvie Drapeau, tout particulièrement, n’a jamais été aussi touchante. Elle m’a littéralement coupé le souffle et tiré quelques larmes. Magnifique!

Dans un décor splendide d’Olivier Landreville qui, comme plusieurs éléments de cette production, n’est pas sans rappeler «Le Bossu de Notre-Dame», cette nouvelle production du Théâtre du Rideau Vert mérite le déplacement, ne serait-ce pour les interprétations incroyables de Benoît McGinnis et Sylvie Drapeau en tête. On en sort soufflé, touché, marqué, ému.

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«L’Homme éléphant» (The Elephant Man)
Texte: Bernard Pomerance
Traduction et mise en scène: Jean Leclerc
Avec Benoît McGinnis, Annick Bergeron, David Boutin, Sylvie Drapeau, Chantal Dumoulin, Germain Houde, Roger La Rue et Hubert Proulx.
Une production du Théâtre du Rideau Vert
Jusqu’au 3 mars 2018 (1h30 sans entracte)
Mardi, mercredi: 19h30; jeudi, vendredi: 20h; samedi: 16h; supplémentaires: 3 et 24 février 20h30, 25 février 15h + matinée en semaine : Mardi, le 20 février à 12h30.
Théâtre du Rideau Vert, 4664, rue Saint-Denis, Montréal
Réservations : 514-844-1793

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