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* Critique: Théâtre: «Minuit» de Marie-Hélène Truchon-Larose: Apocalypse culturelle
[ Opinions et comptes rendus | Écrit par : yanik @ 08:16pm le 31st of December ]
Verdun, le 9 février 2018 - Depuis sa sortie de l’École Nationale de Théâtre en écriture dramatique, Marie-Hélène Larose-Truchon fait son petit bonhomme de chemin, remportant prix et mentions spéciales pour ses textes, notamment pour «Minuit», sa «pièce de finissante», présentée ces jours-ci à la salle Fred-Barry. Texte poétique, métaphorique, troublant et sensible. Malheureusement noyé dans d’étranges choix de mise en scène dont il faut faire fi pour mieux l’apprécier.

Située en bordure du Lac Stukely, dans une Estrie post-apocalyptique que l’auteure imagine malheureusement pas très loin de maintenant, la pièce évoque une société où les Caporeux – ceux qui mènent et prennent les décisions – empêchent les aînés de transmettre leur savoir, leur poésie, leur langue, leurs souvenirs aux plus jeunes. Pire encore, ils considèrent que les vieux n’ont plus leur place, ne devraient plus exister, ne devraient plus vivre. Qu’à cela ne tienne, Grand-Maman lutte contre cette oppression en faisant «l’école à la maison» à La Petite, lui transmettant les expressions truculentes du passé, la poésie d’antan, la langue colorée maintenant à l’index, pour s’assurer que l’âme de sa petite-fille ne pourrira pas dans la tristesse de la nouvelle langue édulcorée, dans l’ère de la langue de bois et du langage politique qui envahit toutes les sphères de la vie.

Pas si lointaine en effet, cette époque post-apocalyptique imaginée par la jeune auteure.

Bien que celle-ci propose un texte pertinent, original et touchant, «Minuit» est tristement tombé entre les mains de Lilie Bergeron, directrice générale du Théâtre du Double signe. La metteure en scène n’a pas su donner une vision claire à sa direction et – peut-être parce qu’il s’agit d’une coproduction avec la compagnie de théâtre jeune public le Petit Théâtre de Sherbrooke – on semble avoir décidé de donner une saveur «jeune public» au jeu des acteurs, une grave erreur si l’on voulait, comme l’affirme Érika Tremblay-Roy, la directrice artistique du Petit Théâtre de Sherbrooke, «[partager] ça avec des publics adolescents». La dernière chose que veulent les adolescents, c’est qu’on leur parle sur un ton enfantin, presque condescendant.

Tout de cette production aurait dû en faire une réussite. Le texte, la distribution, les éclairages d’Andréanne Deschênes, la scénographie de Xavier Mary, la musique originale de Jacques Jobin, les costumes de Lorena Trigos. Tout sauf le choix du capitaine. Dommage que Patrick Quintal, directeur artistique du Théâtre du Double signe, ne se soit pas gardé la mise en scène pour lui-même, lui qui semble – en lisant son mot dans le programme – avoir beaucoup mieux compris le texte que sa collègue à la direction générale.

Néanmoins, la majorité de la distribution réussit à s’en sortir pas trop mal. Jasmine Dubé, en grand-mère, est une force de la nature. Un excellent casting. Elle aurait sans doute été encore plus forte si elle n’avait pas été dirigée comme s’il s’agissait d’une production de Bouches Décousues, mais elle est quand même touchante et crédible. Sariane Cormier, dans le rôle de Minuit, la mère de La Petite, est celle qui tire le mieux son épingle du jeu. Peut-être grâce au personnage qui se prêtait le moins à tomber dans le précipice «jeune public», elle parvient à ressortir du lot. Incarnant La Petite, Aurélie Brochu Deschênes «joue» à l’adolescente et, bien qu’elle soit attachante et chaleureuse, on est agacé par ce jeu un peu trop affecté et faussement naïf. Jean-Moïse Martin, qui interprète L’Électricien, a bien quelques bons moments au cours de la représentation, mais son jeu est généralement sans relief et tristement monotone. Guillaume Rodrigue, dans le rôle de l’Ange-Chevalier, le laquais des Caporeux, offre une performance plus nuancée malgré la rigidité de son personnage dans la première partie de la pièce.

Somme toute, on peut apprécier cette production de «Minuit» malgré son manque de vision flagrant. Il sera intéressant de voir si ce texte passera l’épreuve du temps et sera remonté dans quelques années par un metteur en scène plus rigoureux.

*****
«Minuit» de Marie-Hélène Larose-Truchon
Mise en scène : Lilie Bergeron
Avec Aurélie Brochu Deschênes, Sariane Cormier, Jasmine Dubé, Jean-Moïse Martin et Guillaume Rodrigue
Une coproduction de Théâtre du Double Signe et Le Petit Théâtre de Sherbrooke
Jusqu’au 24 février 2018 (1h20 sans entracte)
Salle Fred-Barry (Théâtre Denise-Pelletier), 4353, rue Sainte-Catherine, Montréal
Réservations : 514-253-8974 http://www.denise-pelletier.qc.ca/

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