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* Critique: Théâtre: «L’Idiot, d’après Dostoïevski» d’Étienne Lepage et Catherine Vidal: Magique!
[ Opinions et comptes rendus | Écrit par : yanik @ 08:41pm le 31st of December ]
Verdun, samedi, le 31 mars 2018 - Avec leur toute nouvelle création d’après le roman de Fiodor Dostoïevski, le chef d’œuvre de la littérature mondiale «L’Idiot», le dramaturge Étienne Lepage et la metteure en scène Catherine Vidal arrivent dans le paysage théâtral montréalais comme un vent de fraîcheur. Non seulement le texte est-il servi sur un magnifique plateau d’argent sans aucune condescendance mais toute la sensibilité humaine qu’il mérite en plus de l’intelligence qui s’impose, mais encore la mise en scène lui donne toutes les couleurs, les nuances et la vitalité que réclame un public assoiffé de classiques revitalisés.

par Yanik Comeau (ComunikMédia/ZoneCulture)

«L’Idiot», c’est le prince Lev Nikolaevitch Mychkine (interprété par le sublime Renaud Lacelle-Bourdon qui rencontre ici un des grands rôles de sa carrière, lui qui n’en manque pas depuis quelques années), un homme «d’une invraisemblable et dérangeante bonté» comme le dit si bien le conseiller dramaturgique Paul Lefebvre dans le programme. Si invraisemblable en effet qu’il doit sans doute être simple d’esprit, non? Personne n’est si gentil, si généreux, si positif, voire naïf s’il n’est pas un peu fêlé, n’est-ce pas? On découvrira rapidement, tant dans la salle que sur la scène – et ça se traduira de façon absolument magique dans tous les aspects du spectacle, particulièrement à travers les costumes brillants d’Ellen Ewing, comme me le faisait remarquer l’amie conceptrice qui m’accompagnait – un peu comme dans «Les Habits de l’Empereur», que les idiots ne sont pas toujours ceux que l’on pense, que l’on gagnerait peut-être à être tous un peu plus «idiot» et que les derniers ne doivent pas toujours être les derniers.

Avec sa mise en scène, Catherine Vidal se positionne comme la nouvelle Lorraine Pintal (je n’ai pas pu m’empêcher de penser à «La Charge de l’Orignal Épormyable» de Gauvreau et au «Syndrome de Cézanne» de Normand Canac-Marquis à La Licorne à l’époque où elle était encore sur Saint-Laurent!). Une direction d’acteurs serrée mais inventive, résolument ouverte mais solide, une vision claire d’un spectacle lumineux et inspiré, une mise en scène modeste (par opposition à étouffée par une signature trop visible) et ingénieuse.

La distribution est absolument irréprochable. Hormis le touchant et attachant Renaud Lacelle-Bourdon que l’on veut bercer dans nos bras, Evelyne Brochu en troublante et torturée Nastassia Filippovna est magnifique. Dans le rôle de Gania Ivolgine, le jeune Simon Lacroix est la révélation du spectacle. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à François Létourneau («Série noire»), un autre comédien que j’aime d’amour. Il déclenche des rires bien sentis et ravit en tous points. En Lizaveta Épanchine, Macha Limonchik est également hilarante après avoir été si sombre et noire plus tôt cette saison dans «Nyotaimori» au Théâtre d’aujourd’hui et dans «Je disparais» d’Arne Lygre au Prospero (une autre mise en scène de Catherine Vidal, mais beaucoup moins réussie, celle-là, à mon sens). Paul Ahmarani, en Lebedev, est absolument formidable, tout en délicieuses trouvailles physiques d’une drôlerie bien dosée, lui qui multiplie les rôles extrêmement variés pour notre plus grand bonheur cette saison («Les Enivrés» au Prospero, «Le Brasier» en reprise à la salle Jean-Claude-Germain et en tournée, et dans le film «Chien de garde» de Sophie Dupuis). Je m’en voudrais de passer sous silence le beau rôle que l’on réserve au merveilleux Paul Savoie, au sommet de sa forme en Général Ivolgine. Frédéric Blanchette, Henri Chassé, Francis Ducharme, Dominique Leclerc, David Strasbourg et Rebecca Vachon complètent cette distribution cinq étoiles.

Après avoir présenté des Tchekhov mémorables (notamment en collaboration avec la Compagnie Jean Duceppe quand Yves Desgagnés avait monté «Oncle Vania» une année et «La Mouette» l’année suivante), c’est la première fois que le TNM s’attaque à L’Idiot de Dostoïevski. Encore une fois, Lorraine Pintal fait preuve d’un flair remarquable et confirme sa place dans le firmament des grandes directions artistiques de notre milieu théâtral.

Espérons que «L’Idiot» fera des petits… que le tandem Étienne Lepage-Catherine Vidal n’est pas celui d’un seul spectacle. J’ai déjà hâte à leur prochaine collaboration !

«L’Idiot», d’après le roman de Dostoïevski
Texte d’Étienne Lepage
Mise en scène et accompagnement dramaturgique: Catherine Vidal.
Avec Paul Ahmarani, Frédéric Blanchette, Evelyne Brochu, Henri Chassé, Francis Ducharme, Renaud Lacelle-Bourdon, Simon Lacroix, Dominique Leclerc, Macha Limonchik, Paul Savoie, David Strasbourg et Rebecca Vachon.
Une production du Théâtre du Nouveau-Monde.
Au TNM, 84, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal jusqu’au 14 avril 2018.
*** Supplémentaires le 17 avril à 19h30 et le 18 avril à 20h
Billetterie: 514-866-8668, poste 1 - https://ticket.tnm.qc.ca

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